Lexique Politique #1 : Le Projet De Société

En Côte d’Ivoire, nous sommes à moins d’un an des élections présidentielles. Presque tous les grands acteurs de la scène politique qui ont déjà déclaré publiquement leur candidature n’ont pas dévoilé leurs projets de société. Quand l’histoire politique et l’éducation n’ont pas favorisé la rationalité et la formalité de la chose politique, cette situation est anodine aux yeux de beaucoup.  

Le projet de société, c’est quoi ?

Le projet de société, c’est l’idée claire de ce qu’on a l’intention de réaliser sur une période donnée. Le projet de société est le but qu’on souhaite atteindre en prenant en compte les besoins, la période de réalisation, mais aussi les moyens nécessaires pour y arriver.

Exemples d’axes abordés dans les projets de société, en fonction de l’urgence et des besoins :

Développement durable

Réformes économiques, éducatives et sanitaires

Sécurité intérieure

Réduction de la pauvreté

Egalité des genres

Etc.

La vision cohérente et ficelée est écrite, soutenue par des valeurs morales et éthiques reposant sur l’idéologie du parti ou de l’individu.

Entre idéologie et identité politique

La vision du projet de société est écrite suivant une identité politique propre au parti ou à l’individu porteur du projet. Chaque parti  est favorable à une idéologie qui est sa « carte d’identité » (libéral, conservateur, progressiste, centriste etc.).

Le projet de société même doit être prévisible si on considère que l’idéologie du parti ou de l’individu est connue. « Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement, et les mots pour le dire arrivent aisément « . Nicolas Boileau.

Un parti conservateur ne proposera pas une politique migratoire trop flexible. Sacrilège ! Les libéraux qui demandent la limitation plus ou moins grande voire totale de leurs actions dans l’économie ne vont pas proposer un programme où ils sont impliqués jusqu’au cou. Non-sens.

Il peut bien-sûr y avoir des exceptions après concertation sur certaines questions. Le monde n’est pas manichéen. Ni tout blanc ni tout noir. Par exemple, je suis conservatrice, mais favorable a des idées progressistes. Je dois juste m’assurer de ne pas m’éloigner des fondamentaux du conservatisme.

Bref, vous l’avez compris. Le plus important c’est de proposer une offre technique claire, chiffrée et cohérente.

Politique Africaine et projet de société

Il faut dire que les projets de société dans la politique Africaine, ce n’est pas ce qu’il y a de plus commun. Bien-sûr qu’on le fait. Mais entre délais courts, incohérences et inconsistance, il est difficile de se prononcer. Les pays en proie au tribalisme sont les plus touchés. Quand la culture politique est basée en majorité sur le vote communautaire, on ne peut pas demander à nos politiques de faire plus d’efforts. Pourquoi en feraient-ils ?  Ces populations ne comprendraient rien de toute façon.  On se contente de faire des promesses à des meetings. Et pour ceux qui se croient plus intelligents que les autres, on gribouille un document  vide et boiteux.

On peut utiliser le niveau d’éducation ou d’intérêt des populations pour justifier le peu d’effort fourni par les politiques. Mais on peut reconnaître aussi que cette faiblesse leur profite. Le changement est une question de volonté politique. Si l’on est vraiment épris de justice et qu’on souhaite un réel changement, on commence par faire sa part peu importe la position des autres. Faire les choses dans les règles.

On est encore au niveau où les idéologies politiques des partis sont floues. Dans la déclaration d’existence, on lit parti de gauche. Mais sur le terrain, on voit des politiques de droite appliquées. Sans compter les alliances « contre nature » qui se font et se défont au gré des humeurs et des querelles de nos chefs.

Tout ce dont on a besoin, c’est de  vrais projets de société cohérents et dévoilés à temps.

Bon, j’arrête de me plaindre deux minutes.


#ImpeachmentDay : TRUMP Destitué ?

Donald Trump face à une procédure de destitution. Sérieusement, qui cela pourrait étonner ? Avec toute la controverse qui le définit depuis sa candidature et la vague de désapprobations durant son mandat à ce jour, c’est le moins qu’on pouvait imaginer.

Même si les choses se sont concrétisées il y a un peu plus de 24h, la procédure de mise en accusation du président Américain avait déjà été lancée en 2017 par certains législateurs et ses opposants, à cause du RussiaGate notamment. Rembobinons.

En 2016, il a été question de soupçons quant à une « collusion » entre l’équipe de campagne de Donald Trump et la Russie qui auraient manipulé des informations afin de permettre la victoire du candidat républicain aux présidentielles.

En 2019, le procureur Robert Mueller affirme qu’il y a eu ingérence de la Russie dans l’élection présidentielle américaine de 2016. Cependant, son enquête n’a pas recueilli de preuves suffisantes pour établir une collusion entre la Russie et l’équipe de Donald Trump.

Nancy Pelosi

Le 24 Septembre 2019, la présidente de la Chambre des Représentants, Nancy Pelosi, accepte le déclenchement de la procédure de mise en accusation. D’ailleurs, lorsque les démocrates ont repris le contrôle de la Chambre des Représentants après les élections de mi-mandat en 2018, beaucoup espéraient que le débat sur la Russie serait rouvert.

Il y a encore une semaine, même si la procédure d’impeachment était lancée, elle n’était pas à l’ordre du jour. C’est la controverse ukrainienne qui a accéléré le traitement du dossier.

La procédure de destitution dans le système américain est relativement simple.  La commission judiciaire rédige l’acte d’accusation qui est votée à la majorité simple par la Chambre des Représentants. Dans le cas où les votes pour la destitution l’emportent, le président sera alors mis en accusation (impeached) et devra faire face au sénat qui donnera la décision finale à l’issu d’un procès. La destitution sera effective uniquement à ce moment-là, si l’accusé est reconnu coupable de trahison, de corruption ou de tout autre crime (high crime) et délit (misdemeanor). Le sénat peut seulement le destituer et lui interdire d’occuper un poste officiel à l’avenir. Le coupable peut ensuite être poursuivi pour les faits qui lui sont reprochés, devant un tribunal ordinaire et sera soumis aux peines prévues par la loi.

Le 18 décembre 2019, Donald Trump a été officiellement mis en accusation (impeached) par la Chambre des Représentants. Le premier article d’accusation a été adopté par 230 voix contre 197. Et le second, par 229 voix contre 198. Il en fallait au minimum 216 pour les valider. Le président se présentera ensuite devant le sénat ou il sera acquitté ou destitué.

Mais le vent semble souffler en sa faveur. Car le parti républicain est majoritaire au sénat. Les républicains lui ont toujours démontré un soutien sans faille. Même si la mise en accusation apparait comme un affront, il est très peu probable que son parti lui tourne le dos et concrétise sa destitution.

Le président Américain n’est pas destitué pour le moment. Il est mis en accusation en attendant son procès devant le sénat américain.

Andrew Johnson, Bill Clinton, Donald Trump

Trump est le troisième président Américain à faire face à une procédure d’impeachment après Andrew Johnson et Bill Clinton. Les deux avant lui ont été acquittés par le sénat. Si Trump n’est pas acquitté, il deviendra le premier président de toute l’histoire des Etats-Unis à être destitué. Ce qui ne risque pas d’arriver selon les analystes politiques.

Balance des pouvoirs, jeux des pouvoirs, conscience politique, éducation sont les mots qui me viennent en tête. Et ce sont des choses que j’aimerais voir chez moi. Mais quand ?

Pour revenir au RussiaGate, je vous conseille le documentaire « THE GREAT HACK » sur Netflix, pour tout savoir sur l’utilisation des données personnelles afin de manipuler les choix des électeurs pendant les campagnes électorales.

Pour tout savoir sur l’affaire ukrainienne, suivez ce lien .

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L’AUTRE MOITIÉ DE L’HUMANITÉ EST UNE MINORITÉ

J’ai cherché quoi dire en introduction. Je n’ai rien trouvé. Alors entrons tout de suite dans le vif du sujet.

La Minorité  En Sociologie

Le terme minorité signifie discrimination dans son utilisation sociologique. Corrélativement, le terme groupe subordonné peut être utilisé de façon interchangeable avec le terme minorité.

Un groupe minoritaire désigne une catégorie de personnes désavantagées au profit des membres d’un groupe dominant. L’appartenance à un groupe minoritaire est généralement fondée sur des différences dans les caractéristiques ou les pratiques observables, telles que le genre, l’ethnicité, la race, la religion, l’orientation sexuelle, le handicap ou simplement les idéologies.

Il est important de noter qu’une personne peut simultanément être membre de plusieurs groupes minoritaires, c’est l’intersectionnalité. Un exemple des plus répandus est celui de la femme Noire. Dans Double Jeopardy: To Be Black and Female   écrit en 1969, Frances M. Beal explique l’exploitation économique des femmes Noires, la politique enclavant les libertés des femmes Noires, mais surtout, le silence des féministes Blanches sur le sort des féministes Noires. Ce qu’on pardonnerait à un homme Noir ou à une femme Blanche, on ne le pardonnerait pas à une femme Noire.

Frances M. Beal, Archives.

Parallèlement, des individus peuvent faire partie d’un groupe minoritaire considérant certaines caractéristiques, et être également membres d’un groupe dominant par rapport à d’autres. Par exemple, la femme Blanche qui fait partie de la race dominante et en même temps du groupe des « sexes faibles ». Il y a cette époque où les femmes Blanches pouvaient posséder des esclaves Noirs, hommes et femmes, mais étaient sous tutelle des hommes Blancs dans une société dirigée essentiellement par ces derniers.

Faire partie d’un groupe minoritaire en termes de nombre n’est pas une caractéristique pour être une minorité. Parfois de grands groupes peuvent être considérés comme des minorités en raison de leur manque de pouvoir. C’est le manque de pouvoir qui définit un groupe subordonné. Pendant l’apartheid en Afrique du Sud, une majorité en nombre (les habitants Noirs) a été exploitée et opprimée par la minorité Blanche.

Alors il ne s’agit pas tellement du nombre mais de la discrimination fondée sur certaines caractéristiques extérieures et du pouvoir que les groupes détiennent ou pas.

Femme, La Minorité Politique

Regardons en arrière et observons la place que la femme avait dans la société lorsqu’elle ne représentait absolument rien sur l’échiquier politique des États. Aujourd’hui, l’implication des femmes dans les instances de décision a prouvé  que la représentation politique permet de changer la condition d’un groupe. Car s’introduire dans un système est le premier pas pour partager voire imposer ses idées.

Mais des décennies plus tard, les résultats ne sont pas si fameux. On se demande pourquoi les discriminations envers les femmes persistent. Mais l’existence juridique, le droit de vote ou encore la liberté de conduire ne suffisent pas. Comment le pouvoir s’assure-t-il que cette quasi-majorité en termes de nombre n’est pas réduite à la subordination? Difficile de statuer sur cette question quand on connait les chiffres des Nations Unies sur la représentation politique des femmes dans le monde :

  • Seulement 24,3% de tous les parlementaires nationaux étaient des femmes en février 2019, une lente augmentation par rapport aux 11,3% en 1995.
  • En juin 2019, 11 femmes étaient chefs d’État et 12 chefs de gouvernement.
  • Le Rwanda a le plus grand nombre de femmes parlementaires dans le monde. Les femmes ont remporté 61,3% des sièges à la chambre basse.
  • À l’échelle mondiale, il y a 27 États où les femmes représentent moins de 10 % des parlementaires dans les chambres individuelles ou basses, en février 2019, dont 3 chambres sans aucune femme.
  • En janvier 2019, seulement 20,7 % des ministres du gouvernement étaient des femmes; les cinq portefeuilles les plus couramment détenus par les femmes ministres sont : Les Affaires sociales; suivi de Famille/Enfants/Jeunes/ Environnement/Ressources naturelles/Energie; Emploi/Travail/Formation professionnelle/ Commerce/Industrie.

Parfois, j’aime dire que les droits ne se donnent pas. Ils s’arrachent. Ils s’arrachent des mains de ceux qui détiennent le pouvoir. Et le pouvoir lui-même se partage. Je ne crois pas en la bonne foi du dominant. Le pouvoir sert le dominant. Il ne renoncera à son privilège que si on l’y force.Un peu plus de 3,8 milliards de femmes. Il est plus que temps de s’engager, de se soutenir, de forcer le pouvoir. Car le monde de demain en dépend.

Cependant, en écrivant cet article, je me suis fortement questionnée sur l’intersectionnalité dans le féminisme. Nous sommes toutes liées par le genre mais très souvent divisées par d’autres facteurs comme la religion et la race. L’intersectionnalité nous maintiendrait-elle dans une spirale où nous sommes vouées à nous battre les unes contre les autres ? Ou alors, si elle était bien appréhendée et comprise, nous mènerait-elle vers une universalité du féminisme à travers le respect des différences des unes et des autres ? Un sujet intéressant à développer dans un autre article ou un podcast, pourquoi pas.


LA LOI DE LA MAJORITÉ, LES DROITS DE LA MINORITÉ

La Règle De La Majorité Ou La Loi Des Plus Nombreux

Dans la pratique, la démocratie est régie par son principe le plus populairement compris : la règle de la majorité. À savoir, lorsqu’une décision doit être prise démocratiquement, le côté avec le plus de votes gagne, qu’il s’agisse d’une élection, d’un projet de loi, ou d’une motion d’actionnaires dans une compagnie. Le vote majoritaire décide de l’élection ou de la question. Ainsi, lorsqu’on dit que « le peuple a parlé » ou que « la volonté du peuple doit être respectée », on parle de la majorité, pas de tout le monde. Il est d’ailleurs très difficile voire quasi impossible de faire l’unanimité.

Le principe de la règle de la majorité a plusieurs fonctions. Il établit un mécanisme clair pour prendre des décisions. Cela garantit des décisions où plus de gens sont en faveur qu’en défaveur. 

Des Abus À La Tyrannie De La Majorité

Pourtant, lorsque les décisions sont prises par de faibles majorités, le résultat peut sembler injuste pour la «quasi-majorité» qui était de l’autre côté. Par exemple, dans un cas où il y a deux choix, si le OUI l’emporte à 51%, cela signifie que le NON  a perdu à 49%. Nous avons donc une sorte de majorité des deux côtés. Même dans le cas de la pluralité (lorsqu’il y a plus de deux choix), ce problème peut se poser.

Ce principe de règle de la majorité serait essentiel à la fois pour s’assurer que les minorités ne puissent empêcher la décision de la majorité. Sinon, une minorité détenant le pouvoir économique, social et politique utiliserait son pouvoir pour dominer la majorité des citoyens, instituant ainsi l’antithèse de la démocratie : le régime minoritaire.

Et c’est considérant cela qu’Alexis de Tocqueville écrira l’un des plus célèbres textes sur la question : ῝S’ il est admis qu’un homme possédant un pouvoir absolu peut abuser de ce pouvoir en causant du tort à ses adversaires, pourquoi une majorité ne serait-elle pas passible du même reproche ? Les hommes ne changent pas en s’unissant les uns aux autres; […]. Pour ma part, je n’arrive pas à y croire; le pouvoir de faire tout ce que je devrais refuser à l’un de mes égaux, je n’accorderai jamais à un certain nombre d’entre eux.῎

Il a été communément soutenu que la règle de la majorité peut conduire à une «tyrannie de la majorité». La règle de la majorité est limitée afin de protéger les droits des minorités, parce que si elle n’était pas contrôlée, elle serait probablement utilisée pour opprimer les personnes ayant des opinions impopulaires. La majorité illimitée dans une démocratie est potentiellement tout aussi despotique que la règle incontrôlée d’un autocrate ou d’un parti politique minoritaire élitiste.

Protéger La Minorité

C’est la raison pour laquelle, la voix de l’autre partie doit continuer de se faire entendre. La majorité ne devrait jamais perdre de vue les avis de la minorité et surtout, respecter ses droits. En plus, il faut de tout pour faire un monde. Tout avis qui n’est pas destructeur pour les autres doit être considéré. La loi de la majorité, les droits de la minorité dit-on.

John Patrick dans Understanding Democracy, A Hip Pocket Guide (Oxford University Press) écrit:“Les fonctionnaires dans les institutions du gouvernement représentatif doivent prendre des décisions faisant autorité sur deux questions. Quand, et dans quelles conditions, la règle de la majorité devrait-elle être restreinte afin de protéger les droits de la minorité? Et, à l’inverse, quand et dans quelles conditions les droits de la minorité doivent-ils être restreints afin d’empêcher la subversion de la règle de la majorité? ῎

Un vrai panier à crabes, n’est-ce pas ?

Toutefois, les concepts de majorité et de minorité sont beaucoup plus complexes qu’une simple question de chiffres. De très grandes majorités sont réduites au rang de minorités car elles ne sont sous-représentées dans les instances de décisions. J’en parlerai dans mon prochain article : La Moitié De L’humanité Est Une Minorité.


JOKER OU LE SYMBOLE DE LA RESISTANCE POPULAIRE

J’ai vu JOKER. Vous aussi je suppose. J’en ai lu des résumés, analyses, critiques avant même d’entrer dans cette salle de cinéma.  Tout le monde était unanime. C’est l’histoire d’un homme poussé à l’extrême par le rejet des autres. Cependant, mes yeux politisés ont vu un peu plus différemment. Ce n’est pas tant le personnage du JOKER qui m’a intéressé, mais les Hommes autour de lui. Ces gens dont vous et moi faisons partie.

Joaquin Phoenix AKA Arhtur Fleck
Joaquin Phoenix AKA Arthur Fleck

Arthur Fleck, la trentaine passée, vit dans un piteux appartement avec sa mère. Il est atteint d’un trouble psychologique non identifié dont l’un des symptômes se manifeste par des  rires hystériques dans les lieux les plus improbables et les moments les plus inopportuns. Ses rapports avec les autres sont évidemment compliqués. Il n’est pas le bienvenu. Rejeté, insulté, roué de coups pour absolument rien. Son seul crime ? Il est différent, bizarre.

Gotham, la ville où il a toujours vécu croule de plus en plus sous le poids de la pauvreté grandissante. Le peuple est dans une colère encore silencieuse. Ce qui inquiète Arthur, ce n’est pas tant l’invasion de rats dans la ville due à l’insalubrité, mais la sécurité sociale qui ne prendra plus en charge ni les visites chez sa psy, ni ses médicaments qui l’ont aidé jusque-là à rester plus ou moins normal. S’ensuit une descente aux enfers. Arthur viré de son travail de clown, est agressé dans le métro par trois jeunes hommes de la classe élitiste du monde de la finance. Arthur décide de se défendre pour la première fois. Il abat froidement ces messieurs avec une arme à feu et s’enfuit. Tout ce qu’on sait du suspect : il porte un masque de clown.

Les habitants de Gotham ne pleurent pas ces jeunes hommes intellectuels en costume et cravate. Ils applaudissent celui qui les a éliminés. Ils admirent celui qui a vengé la classe pauvre. Celui qui a envoyé un message à l’élite. Les masses se soulèvent. La colère est à présent bruyante et palpable. En signe de protestation mais aussi d’admiration pour leur nouveau « héros », elles se fabriquent des masques aux couleurs du clown du métro.

Arthur est fasciné d’être l’idole des autres. Lui qui a toujours été dans l’ombre. Lui qu’on regardait sans voir.

Il y a cette scène qui m’a terrifiée et captivée à la fois. Le  JOKER, arrêté sur une voiture, le visage en sang, loué par une foule en liesse, après avoir assassiné en direct à la télévision, un présentateur connu qui l’avait fait venir sur son plateau pour rire de lui. Arthur est sorti du placard, a avoué ses crimes et est devenu d’une minute à l’autre, le symbole de la résistance contre les inégalités sociales.

Hier sur le banc de touche, aujourd’hui défenseur des marginalisés par son audace meurtrière. Plus personne ne rira d’Arthur. Les pauvres prendront le pouvoir par la rue. Ceci n’était pas son objectif dès le début. Mais maintenant qu’il pouvait avoir de l’importance aux yeux des autres, pourquoi s’en priverait-il ?

Ces gens scandant le nom du JOKER représentent les marginalisés de la société qui sont les proies faciles des discours populistes. Ils cherchent celui qui leur ressemble, celui qui dit ce qu’ils pensent, celui qui prétend la rupture. Psychopathe, sociopathe, mégalomane, ce n’est pas le plus important. Les petites gens qui se cassent le dos, qui bâtissent la société mais qui récoltent les rétributions les plus dérisoires comparées à leurs efforts, sont à la recherche de celui qui les sauvera, quitte à s’accrocher au premier individu qui montrera le courage qu’elles souhaitent voir.

Manifestation à Beyrouth, le 19 octobre 2019. Patrick Baz, AFP

Depuis plusieurs semaines, Hong-Kong, le Chili et le Liban sont retournés par des soulèvements populaires. Les manifestants dénoncent les inégalités sociales et la gouvernance de l’élite. Plusieurs manifestants sont apparus le visage grimé en clown ou encore sous le masque des célèbres voleurs de la Casa De Papel.

JOKER montre clairement comment la marginalisation d’un individu par les autres et surtout l’impunité peuvent conduire ce dernier à la dérive et aux extrêmes. Arthur est parti d’un jeune marginalisé, humilié pour basculer vers un statut d’anarcho-terroriste. Mais encore, c’est un film politique montrant le peuple qui se cherche dans les actions des autres. Les sans-voix qui cherchent un leader qui brise tous les codes et même les lois. Et les soulèvements populaires empruntent de plus en plus les visages des vilains qui ont défié les règles.