Société

JOKER OU LE SYMBOLE DE LA RESISTANCE POPULAIRE

Ces gens scandant le nom du JOKER représentent les marginalisés de la société qui sont les proies faciles des discours populistes.

J’ai vu JOKER. Vous aussi je suppose. J’en ai lu des résumés, analyses, critiques avant même d’entrer dans cette salle de cinéma.  Tout le monde était unanime. C’est l’histoire d’un homme poussé à l’extrême par le rejet des autres. Cependant, mes yeux politisés ont vu un peu plus différemment. Ce n’est pas tant le personnage du JOKER qui m’a intéressé, mais les Hommes autour de lui. Ces gens dont vous et moi faisons partie.

Joaquin Phoenix AKA Arhtur Fleck
Joaquin Phoenix AKA Arthur Fleck

Arthur Fleck, la trentaine passée, vit dans un piteux appartement avec sa mère. Il est atteint d’un trouble psychologique non identifié dont l’un des symptômes se manifeste par des  rires hystériques dans les lieux les plus improbables et les moments les plus inopportuns. Ses rapports avec les autres sont évidemment compliqués. Il n’est pas le bienvenu. Rejeté, insulté, roué de coups pour absolument rien. Son seul crime ? Il est différent, bizarre.

Gotham, la ville où il a toujours vécu croule de plus en plus sous le poids de la pauvreté grandissante. Le peuple est dans une colère encore silencieuse. Ce qui inquiète Arthur, ce n’est pas tant l’invasion de rats dans la ville due à l’insalubrité, mais la sécurité sociale qui ne prendra plus en charge ni les visites chez sa psy, ni ses médicaments qui l’ont aidé jusque-là à rester plus ou moins normal. S’ensuit une descente aux enfers. Arthur viré de son travail de clown, est agressé dans le métro par trois jeunes hommes de la classe élitiste du monde de la finance. Arthur décide de se défendre pour la première fois. Il abat froidement ces messieurs avec une arme à feu et s’enfuit. Tout ce qu’on sait du suspect : il porte un masque de clown.

Les habitants de Gotham ne pleurent pas ces jeunes hommes intellectuels en costume et cravate. Ils applaudissent celui qui les a éliminés. Ils admirent celui qui a vengé la classe pauvre. Celui qui a envoyé un message à l’élite. Les masses se soulèvent. La colère est à présent bruyante et palpable. En signe de protestation mais aussi d’admiration pour leur nouveau « héros », elles se fabriquent des masques aux couleurs du clown du métro.

Arthur est fasciné d’être l’idole des autres. Lui qui a toujours été dans l’ombre. Lui qu’on regardait sans voir.

Il y a cette scène qui m’a terrifiée et captivée à la fois. Le  JOKER, arrêté sur une voiture, le visage en sang, loué par une foule en liesse, après avoir assassiné en direct à la télévision, un présentateur connu qui l’avait fait venir sur son plateau pour rire de lui. Arthur est sorti du placard, a avoué ses crimes et est devenu d’une minute à l’autre, le symbole de la résistance contre les inégalités sociales.

Hier sur le banc de touche, aujourd’hui défenseur des marginalisés par son audace meurtrière. Plus personne ne rira d’Arthur. Les pauvres prendront le pouvoir par la rue. Ceci n’était pas son objectif dès le début. Mais maintenant qu’il pouvait avoir de l’importance aux yeux des autres, pourquoi s’en priverait-il ?

Ces gens scandant le nom du JOKER représentent les marginalisés de la société qui sont les proies faciles des discours populistes. Ils cherchent celui qui leur ressemble, celui qui dit ce qu’ils pensent, celui qui prétend la rupture. Psychopathe, sociopathe, mégalomane, ce n’est pas le plus important. Les petites gens qui se cassent le dos, qui bâtissent la société mais qui récoltent les rétributions les plus dérisoires comparées à leurs efforts, sont à la recherche de celui qui les sauvera, quitte à s’accrocher au premier individu qui montrera le courage qu’elles souhaitent voir.

Manifestation à Beyrouth, le 19 octobre 2019. Patrick Baz, AFP

Depuis plusieurs semaines, Hong-Kong, le Chili et le Liban sont retournés par des soulèvements populaires. Les manifestants dénoncent les inégalités sociales et la gouvernance de l’élite. Plusieurs manifestants sont apparus le visage grimé en clown ou encore sous le masque des célèbres voleurs de la Casa De Papel.

JOKER montre clairement comment la marginalisation d’un individu par les autres et surtout l’impunité peuvent conduire ce dernier à la dérive et aux extrêmes. Arthur est parti d’un jeune marginalisé, humilié pour basculer vers un statut d’anarcho-terroriste. Mais encore, c’est un film politique montrant le peuple qui se cherche dans les actions des autres. Les sans-voix qui cherchent un leader qui brise tous les codes et même les lois. Et les soulèvements populaires empruntent de plus en plus les visages des vilains qui ont défié les règles.

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