Société

REWORK: REPENSER LE TRAVAIL ET LA RÉUSSITE.

Tout ce qui est permis n’est pas forcément utile.

Ah le monde du travail. On y a tous rêvé. Qu’on désire être son propre patron ou salarié, on voudrait tous remplir ce contrat social qui fera de nous des êtres accomplis et épanouis.

« Le travail éloigne de nous trois grands maux : l’ennui, le vice et le besoin ». Qui se rappelle de cette citation qu’on a dû apprendre par cœur –ainsi que d’autres citations du même acabit–pour ensuite déverser tout notre savoir sur les feuilles de dissertations philosophiques et frimer avec les bonnes notes. Quelques années plus tard, en intégrant le monde du travail, on se rend compte que Voltaire n’avait pas si raison que ça. Que n’avons-nous pas entendu du travail ? Le travail est libérateur ! Les philosophes se sont entendus pour nous expliquer combien travailler nous ferait du bien ainsi qu’à l’intérêt commun. D’autres avaient quand même essayé de nous prévenir de son caractère aliénant lorsque certaines conditions n’étaient pas réunies.

Bon, je ne vais pas chipoter. Avoir quelque chose à faire nous évite de nous tourner les pouces, on a un revenu qui peut nous permettre de ne pas mendier ou mourir de faim, et quand ce travail s’inscrit dans un cadre légal, peut sérieusement nous éloigner du vice.

Sauf qu’on peut s’ennuyer à mourir au travail, ne pas recevoir une rémunération à la hauteur des efforts –qui parfois ne peut répondre à nos besoins même les plus élémentaires– et ce même travail ne nous éloigne pas forcement du vice.

Depuis l’école, nous avons été habitués à un rythme de travail et à des codes. Ces codes sont appliqués mécaniquement et sont les garants d’une bonne productivité. Pour avoir du travail, voilà ce qu’il faut faire. Pour garder son travail, voilà ce qu’il faut faire.

Pour être le meilleur employé, il faudra travailler 100 heures par semaine et dormir 4 heures par nuit. Tu veux paraître sérieux ? Écrit des mails avec les mots les plus difficiles à comprendre afin de paraître irrévérencieux et surtout, ne pas te faire comprendre des autres. Tu viens de créer une petite entreprise ? Tu devras dépenser des millions en communication car c’est ce qui fait vendre. Le produit, ce n’est pas le plus important, tout se vend avec de la publicité. Oh et n’oublie pas que dans 2 ans, on jugera du sérieux de ton activité par le nombre d’employés que tu auras. Alors fait vite d’employer des gens dont tu peux te passer en réalité. Les apparences, c’est important.

J’ai lu REWORK, un livre écrit par les fondateurs d’une entreprise spécialisée dans la technologie. Il a déconstruit des idées que j’avais du travail. Salarié ou entrepreneur, tout le monde s’y retrouvera. Car finalement, les codes du travail sont les mêmes partout où le capitalisme a établi domicile. Il faut repenser le travail et la réussite.

Petite remarque avant de continuer : ce livre a été écrit suivant les réalités occidentales du 21ème siècle. Alors ne m’en voulez pas de parler de mails, bureaux, gestion des relations publiques etc. Même si je pense que ce sont des éléments qui peuvent se retrouver dans d’autres secteurs de nos réalités Africaines.

Où en étais-je.

REWORK repense le travail dans une vision minimaliste : faites-en peu et simplement pour de meilleurs résultats.

 So below are my thoughts on this book and the gist of what I’ve learned (faut bien que vous sachiez que je suis bilingue).

TRAVAILLEZ SANS MOURIR : burn-out, abandon, conversion, reconversion, dépression, suicide. Ce sont des mots qui sont très familiers avec le milieu du travail aujourd’hui. Vous êtes des êtres humains, pas des machines. Vous ne serez pas plus efficaces et plus productifs en travaillant plus d’heures. Le temps est ce qu’il est et le travail ne finit pas. Une personne efficace n’est pas celle qui allonge le temps de travail et s’invente des tâches pour se convaincre de sa capacité à en faire beaucoup, mais celle qui trouve des moyens plus rapides de produire dans le temps imparti. On vous dira que vous devez prouver votre dévouement en passant quelques heures de plus au bureau. Mais votre vie entière ne se déroule pas entre ces 4 murs et votre motivation ne se transcrit pas en nombres d’heures travaillées. Vos résultats se voient dans vos chiffres. Pas besoin de vous écorcher la peau. La vie, c’est une affaire d’équilibre. Qu’est-ce que vous gagnez à glander 2 ou 3 heures de plus ? Prouver une hypothétique motivation alors que vos objectifs ont déjà été atteints ? Prouvez par votre efficacité et sortez remplir les autres obligations de votre vie. Parfois je travaille jusqu’à 23h. D’autres jours, j’arrête à 15h. Quand j’atteins mes objectifs de la journée, je pars. Si demain vous mourrez, votre remplaçant sera à votre ancien poste dans les quelques jours qui suivront la tragique nouvelle. Je l’ai vécu après une démission il y a un an. Une semaine avant mon départ, ma remplaçante était déjà là. Personne n’est irremplaçable.

Si vous êtes une « bête du travail » et que vous adorez vous défoncer, soit. Mais vous le regretterez un jour ou l’autre.

ILS NE SONT PAS DES GAMINS : Si vous travaillez avec des personnes  qui doivent envoyer un mail avant de faire un tour aux toilettes, soit vous avez fait un mauvais choix, soit vous êtes un mauvais manager. On est tous d’accord, les travailleurs ne sont pas des enfants à qui il faut tout dire, surtout les choses les plus basiques. Responsabiliser les personnes passe aussi par l’autonomie qu’on les laisse démontrer. Si même pour acheter un taille-crayon on doit écrire un mail avant, il y a un problème. Si pour prendre une petite décision, l’on doit vous joindre à l’autre bout du monde, vous êtes mal barrés. Vous avez soit choisi des incapables, soit vous refusez de les laisser voler de leurs propres ailes. Et il n’y a rien de plus mortellement ennuyeux qu’un travail où on est infantilisé. La culture de la confiance, de l’autonomie et de la responsabilité se crée avec l’habitude. Elle ne tombe pas du ciel.

VOTRE MARKETING, C’EST VOUS : Avant tout, il y a votre produit (ou votre service). Beaucoup pensent à comment vendre le produit avant même de le créer. Vous connaissez ces produits qu’on achète à cause d’un bel emballage ou d’une pub en couleurs et qu’on jette ensuite car inutile ou mauvais ? Créez ce que vous voulez utiliser. Ensuite, soyez honnête et le plus simple possible. Une petite entreprise n’a pas tout de suite besoin d’un bureau de relations publiques qui passera à la loupe tous les mots qui seront prononcés, des discours surfaits empreints de déjà-vu. Être guindé ne vous fera pas paraître plus sérieux. Vous dépenserez  pour paraître faux.

NE RÊVEZ PAS GRAND POUR DEMAIN : Ce livre a tué mes rêves de grandeur dans l’œuf. Et c’est tant mieux parce que  je me serais lamentablement cassé la figure en un rien de temps. Je ne veux pas mourir salariée. Pour être plus précise, je ne veux pas avoir un salaire mensuel comme seule source de revenu. Je ne vais pas  forcement monter une affaire. Je veux investir. Juste ça. Alors pendant que je réfléchissais à comment investir beaucoup d’argent en même temps –en prenant en compte des choses aussi inutiles que farfelues– ce livre m’a montré qu’il fallait commencer petit. Petit ne signifie pas rien. Quand on est petit, les décisions se prennent facilement. On se casse la gueule sans que des milliers de personnes en soient témoins. Ce qui est petit est flexible et facilement modulable. On peut revenir sur ses pas, faire et défaire, apprendre encore et encore. Il faut absolument passer par cette case avant d’arriver à un point où on passe une année entière à discuter d’un changement avant de l’appliquer. Les meilleurs changements se font quand on est encore petit. Et puis on ne perd pas beaucoup d’argent. L’investissement c’est un risque mais il ne s’agit pas de soi-même précipiter sa chute.

Autre chose, le nombre d’employés ne définit pas le succès d’une affaire. On emploie des gens dont on a besoin, pas pour la frime. N’inventez pas des postes dont vous n’avez pas besoin. Je ne demande pas de submerger de travail colossal un petit monde. Mais de prendre ce qu’il faut. Juste ce qu’il faut. Vous dépenserez en salaires ce que vous auriez pu utiliser pour un réinvestissement dans votre affaire ou pour motiver vos employés déjà dévoués avec des primes. See how nonsensical it is. Tout ce qui est permis n’est pas forcément utile.

ET L’ARGENT DANS TOUT ÇA?

REWORK ne parle pas d’argent en termes de rémunération mais plutôt de productivité et de gestion. Moi je vais en parler. Parce que la rémunération est importante. Beaucoup trop importante pour qu’on ne s’y attarde pas. Ne me dites pas que vous seriez prêts à vous casser le dos pour une rémunération qui ne sera pas à la hauteur de vos efforts. Personne ne voudrait cela. Même quand on adore son métier, on aimerait pouvoir en vivre décemment. Même s’il arrive qu’on le fasse par la force des choses…

Je parlais plus haut de la citation de Voltaire qui disait que le travail nous éloignerait du vice. Et j’ai dit, pas forcément. La corruption en est un exemple des plus criards. Économiquement, la rémunération dépendra du jeu de l’offre et de la demande. La demande de travail dépend de la demande des biens et du niveau des ressources humaines nécessaire pour les produire. Le niveau se traduit ici par la formation. Ce même jeu de l’offre et de la demande détermine les niveaux de rémunération associés à différents niveaux de formation. Dans le principe capitaliste, la formation définit l’importance de telle ou telle personne, et conséquemment du niveau de la rémunération et/ou des intéressements. Les intéressements sont généralement des avantages non pécuniaires. Les inégalités se forment donc déjà depuis l’école. Suivant une analyse sociologique des rémunérations, on comprendra que le vice (ici la corruption) est fortement influencé par une rétribution et des intéressements dérisoires. La corruption est toute une culture influencée par un rapport à l’argent important mais en déséquilibre avec la rétribution. La corruption est une forme de rétribution qui vient compléter la rémunération jugée  insuffisante comparée aux efforts. L’argent est un catalyseur. Ne nous mentons pas à nous-mêmes. Ne dit-on pas que l’argent est le nerf de la guerre ? Un déséquilibre entre la rémunération et les efforts peut facilement pousser au vice, à la paresse, au désintéressement et donc à l’improductivité.

Dans le secteur privé, le secteur public ou en politique, la corruption fait rage là où une culture de rémunération a entrainé une culture de la rétribution par soi-même. Je devrais peut-être parler prochainement du travail, de l’argent et de la corruption dans l’administration publique en Afrique.  C’est l’un des plus graves problèmes des administrations publiques des pays instables et sous-développés. Cependant, ces pays ont-ils les moyens nécessaires pour « miser » sur leurs travailleurs ? Les intéressements sont-ils à la hauteur du dévouement des fonctionnaires ?

Bon, je vais éviter d’aller dans tous les sens. Revenons au sujet. Vous l’avez compris, votre gestion du temps, des problèmes, des relations interpersonnelles doit être simplifiée afin de permettre une meilleure productivité. Faites en moins pour produire plus. C’est le modèle de gestion que propose ce livre. De l’autre côté l’argent et les intéressements sont des éléments non négligeables pour catalyser les efforts des travailleurs et dans une certaine mesure prévenir certains vices qui nuiraient fortement au travail et à la productivité. Mais bon, disons que le capitalisme est ce qu’il est.

Ma critique négative est l’aspect manichéen des avis des auteurs. Des avis très tranchés entre le bien et le mal. Les avis n’étaient que très peu nuancés. On navigue entre le noir et blanc. Pourtant, le monde n’est pas tout noir ou tout blanc. Il est fait de plusieurs nuances de gris.

Peu importe, je leur concède ces vérités. Des vérités tout à fait logiques mais qui paraissent extraordinaires tellement nous avons été formatés pour travailler comme des bêtes avec très peu d’autonomie.

un commentaire

  1. J’adore ta manière d’écrire. Chaque fois que je commence à te lire, je n’arrive pas à stopper. Merci beaucoup pour cet article. Je partage ton avis sur le fait qu’il faut qu’on réapprenne à travailler. Avoir vécu et travailler aux USA m’ a donné une meilleure appréciation de la vie active. Qu’on soit salarié ou entrepreneur, c’est important d’avoir une motivation autre que l’argent si on veut évoluer, et surtout une bonne éthique pour le travail. Peu importe notre age ou notre niveau d’études, il faut continuer à se former et agrandir son savoir.

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