Politique Société

POURQUOI RIT-ON DES VIOLENCES POLICIÈRES?

J’appelle à l’indulgence et à la compassion.

« La violence policière, ou brutalité policière, caractérise l’action violente conduite par des policiers, dans l’exercice de leurs fonctions, envers d’autres personnes hors du cadre défini par la loi». Je n’aime pas citer Wikipédia mais pour le coup, je trouve que le concept de violence policière a été très bien défini.

Face à la menace du Covid-19 qui se propage partout le monde et le cas inquiétant de la Côte d’Ivoire, le pays a déclaré l’état d’urgence, suivi de mesures dont un couvre-feu entre 21h et 5h du matin sur toute l’étendue du territoire national.

Je ne veux pas faire l’intéressante, prouver que j’ai plus de morale ou de compassion, mais je ne peux rire face aux vidéos relayées sur les réseaux sociaux montrant des agents de l’ordre public bastonner des citoyens n’ayant pas respecté le couvre-feu instauré. Je ne veux pas faire l’apologie du non-respect des règles dictées par l’état, mais du respect de la dignité humaine et des lois dont nous nous sommes consciemment dotés.  

QUE DIT LA LOI EN COTE D’IVOIRE ?

-La personne humaine est sacrée. Les droits de la personne humaine sont inviolables. Tout individu a droit au respect de la dignité humaine et à la reconnaissance de sa personnalité juridique. Article 2, Constitution de République de Côte d’Ivoire, 2016.

Cet article uniquement devrait suffire pour comprendre que l’acte posé par certaines personnes chargées de maintenir l’ordre peut être condamnable. Mais allons plus loin.

Les décisions de ce type sont normalement toujours suivies de dispositions légales en fonction de la situation. Généralement, une amende sera fixée suivie ou pas d’une période de privation de liberté définie. En Côte d’Ivoire, la loi sur la répression en état d’urgence est une amende entre 20.000 FCFA et 2.000.000 FCFA, ainsi qu’un emprisonnement allant jusqu’à 3 ans . Seulement, dans le cas-ci, aucune disposition légale n’a été prise. La seule décision qui a été publiée est celle d’imposer un couvre-feu. Après, plus rien. Comme pour dire aux agents de l’ordre, vous avez carte blanche pour faire respecter la loi, au prix de tout. D’ailleurs la loi autorise les forces de l’ordre à utiliser tous les moyens nécessaires pour faire respecter les décisions. Elles peuvent ainsi interpréter la loi sur la répression dans l’état d’urgence car la loi ne dit pas tout et c’est à dessein. Je pense que la loi doit être vulgarisée, criée sur tous les toits pour que tout le monde la connaisse et la comprenne, surtout dans notre situation où la majorité des citoyens n’est que très peu lettrée.

La même constitution précise que les libertés s’exercent « sous réserve du respect de la loi, des droits d’autrui, de la sécurité nationale et de l’ordre public ». Il peut effectivement y avoir exception en fonction de la situation qui prévaut. Cependant, pour éviter les débordements, la définition des contours légaux et des dispositions afférentes auraient  dû être publiés au même titre que la décision du gouvernement. Ceci pourrait aider à traverser cette crise plus « sereinement » car chaque crise est différente.

L’ÉTAT D’URGENCE : CECI EXPLIQUERAIT CELA ?

L’état d’urgence est une disposition prise par le gouvernement en cas de menace et de crise imminente dans un pays. Ce sont des circonstances exceptionnelles qui nécessitent une restriction des droits et des libertés notamment la liberté de circulation ou la liberté de la presse. En situation de crise, il faut faire le nécessaire pour éloigner le danger et sauver les populations. Chaque citoyen doit accepter de renoncer à certains droits pour une période définie  afin de permettre à l’ordre public de remplir correctement sa tâche. L’état d’urgence restreint les libertés individuelles. Mais c’est un travail d’équipe entre les gardes de l’ordre public et les citoyens. Chacun doit respecter la part de son contrat et causer le moins de tort possible à l’autre partie.

L’état d’urgence qui restreint les libertés individuelles expliquerait alors l’attitude des forces de l’ordre envers les personnes qui n’ont pas respecté la parole du Président de la République ?

LA VIOLENCE, REPONSE À L’INDISCIPLINE ?

« L’africain aime la chicote » « Il faut les mater pour qu’ils comprennent » «  Si on ne frappe pas l’Africain, il ne comprend pas ». De nombreux pays Africains se vantent d’avoir utilisé la violence pour instaurer la culture de la discipline. L’africain serait rattaché à la culture de la souffrance et son oreille ne s’ouvrirait uniquement sous les coups (notre passé colonial serait une des raisons?). Je trouve d’ailleurs cette généralisation malsaine. Je suis Africaine, je suis née et j’ai passé toute ma vie sur ce continent. Je n’ai pas appris la discipline sous les coups.

Je me suis tellement plainte de l’indiscipline, de l’irresponsabilité et de l’inconscience de mes concitoyens. Et je m’en plains d’ailleurs dès que j’en ai l’occasion. La culture de la discipline est presque nulle et les nerfs de nos dirigeants peuvent être mis à rude épreuve. Mais encore, je voudrais savoir si la violence est l’unique arme pour éduquer (l’africain). Peut-être une solution à court terme? Sauf qu’elle dure depuis des décennies sous nos cieux. Il est temps de trouver une solution durable. On ne va pas continuer avec le fouet pour les 50 prochaines années à venir. Et quoi de plus logique que l’éducation aux valeurs républicaines et à la citoyenneté pour responsabiliser les citoyens? Dit de cette manière, cela semble assez idéaliste, j’avoue. Mais tout part d’une intention louable.

En plus, je trouve que cette violence expose les agents de l’ordre public au virus. Je ne pense pas qu’ils respectent le mètre de distance préconisé ou qu’ils désinfectent leurs matraques d’une personne à une autre. En voilà un autre souci.

Pour moi, une définition claire des dispositions légales accompagnant cette décision de l’état nous aurait épargné cette violence. Je reste d’accord avec l’état d’urgence. « Nous sommes en guerre » pour citer le Président de la République Française. Cependant, certains aspects du traitement de cette crise et des crises passées nous apprennent que nous devons apprendre à mieux définir les choses et offrir une image claire à chacun. Nous devons nous efforcer de causer le moins de tort possible. Et pour les citoyens, les gouvernants ne nous demandent rien de plus que le respect des consignes. Nos vies, celles de nos proches, et celles de millions d’Ivoiriens en dépend. Lorsqu’on exige des mesures strictes, on doit pouvoir les respecter. Sinon c’est de l’inconséquence.

J’appelle à l’indulgence et à la compassion mais aussi à la solidarité. Toutes les personnes dans les rues n’y sont pas par plaisir. Certaines personnes n’ont pas de toit ni un bol de riz chaud tous les jours. Que faisons-nous pour elles? Parce que même s’il y avait une amende, elles ne pourraient pas la payer. Que faisons-nous en tant que citoyens? Quelles dispositions l’état prend-t-il pour elles dans cette situation? Ces personnes seront-elles les sacrifiées de cette histoire?

Pour ma part, il m’est difficile de tourner en dérision la souffrance d’une autre personne, qu’elle soit responsable de sa situation ou pas. Je ne peux rire de la violence, peu importe sa nature et sur qui elle est appliquée.

Je ne peux empêcher personne de rire. Je ne peux vous en vouloir de rire. Mais je voudrais savoir : peut-on rire de tout ?

Signé l’intello première de classe qui aime faire de longues réflexions sur des choses apparemment simples.

(3 commentaires)

  1. Combien coûte la vie ? ces pères et mères de familles qui bravent la nuit pour assurer votre sécurité quotidienne ont également des droits et des obligations.Quand la loi est transgressée dans ce genre de circonstances de crises sanitaires après une telle sensibilisation, le recours à la force est très important face à une société de Thomas.On ne parle pas paludisme,ni de coco ,mais de Coronavirus.Un nouveau virus a fait surface Hantavirus.Il est urgent pour l’Afrique de contenir ce virus CORONAVIRUS qui décime tout sur son passage.Pour rappel à l’intérieur des cercueils en italie figurent des hommes et des femmes, des noirs et blancs, de tout âge.Ceux ne sont pas des poupées qui s’y trouvent. Félicitations au forces de l’ordre qui font respecter ce couvre feu de 21h à 5h qui ne semble pas vous satisfaire. À la place du chef de l’état j’aurais instaurer une amende de 500000 à 1000000 de Francs,après une bastonnade de taille .Nul n’est censé ignoré la loi, nul n’est au dessus de la loi.
    2 instaurer un couvre feu de 5h à 16h.En un mot ils ne vous coutent rien de rester confinés. Tous les hommes naissent libres et égaux mais ces vidéos serviront de messages et de leçons à toutes les personnes voulant tenir tête à l’état en mettant la vie des autres en danger.Nos proches ont aussi le droit à la vie.Svp restez chez vous cela ne vous coûte absolument rien.Il y va de nos droits également. Merci.

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    1. Le Hantavirus n’est pas une menace. Il n’est pas transmissible d’humain à humain. L’humain peut être contaminé en touchant ou en inhalant les gouttelettes d’urine, de salive et d’excrément de rongeur principalement la souris sylvestre. Seulement quelques rares cas ont été relevés en Amérique du Sud où il y a eu transmission d’humain à humain. Mais c’était une variante du Hanta virus appelé Andes Virus. Les personnes qui étaient avec l’homme Chinois mort de la maladie ont été testées négatives. Ce virus n’est pas une menace. Il faut juste être propre.
      On ne demande pas aux gens de sortir et de défier l’autorité publique. J’ai parlé de la discipline et de la responsabilité des citoyens. Tout ce que je n’approuve pas, c’est la violence.

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  2. C’est de loin l’article le plus beau et complet que j’ai lu ces jours ci ! Je devais le lire depuis, mais avec l’histoire de Georges Floyd aux USA , j’ai vu bcp de mes frères entrain de s’émouvoir . Bien évidemment je suis pas d’accord avec ce qui se passe aux usa 🇺🇸 et les bavures policières. Mais je me dis que si on a le courage de crier sur les réseaux sociaux quand un noir meurt , on doit pouvoir ne pas rire quand les policiers ivoiriens frappent nos concitoyens !

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